En cette veille de week-end prolongé, c'est une soirée musicale et éclectique que nous a proposée le centre socioculturel du Rabelais à Changé le jeudi 7 mai. Ce fut tout d'abord à Nicolas Fournier, déjà croisé au festival la Bonn'zik sous les traits de "Solorkestar", de faire voyager le public du côté de la Roumanie et des Balkans avec son "Lăutarescu AntiSocial Club". Seul en scène, ce multi-instrumentiste virtuose jongle avec une aisance bluffante entre son violon, ses clarinettes, ses flûtes, sa voix et ses machines électroniques pour tisser un folklore futuriste. Mais le cœur du spectacle bat ailleurs : dans l’album de famille que M. Vlad Lăutarescu feuillette avec l'assistance. Entre deux envolées turbo-folk et post-rock, il interpelle le public, invitant certains spectateurs à devenir, le temps d’une confidence, un membre de son clan imaginaire. Maria, l'élue de son cœur, Muhamad, le champion de boxe, ou Baba, la grand-mère bienveillante prennent alors vie sous nos yeux. Mais Vlad ne cache pas son ambition, aussi folle qu’attachante : celle d'accéder un jour à la Présidence de la République. Derrière l'humour et l'énergie des boîtes à rythmes, les titres de son album "Din Păcate" ("hélas" en roumain) nous murmurent une vérité douce-amère : plutôt que de courir après la perfection, apprenons à embrasser nos errances et à danser ensemble sur les décombres de nos vies. Une parenthèse enchantée qui a laissé le public du Rabelais des étoiles plein les yeux, avant que le calme ne laisse place à la tempête électrique annoncée.
C’est vers 20h30 que des créatures à l’allure simiesque ont pris possession de la scène du Rabelais, plongeant Changé dans l’univers sauvage et cuivré d'Apes O’Clock. Véritable tornade scénique, ce groupe de "rock-punk-brass-hurlant" a instantanément brisé les barrières entre la scène et la fosse avec un groove implacable. Entre deux envolées de saxophones et des riffs acérés, les dandys-singes ont enchaîné leurs titres phares comme "Soyez les bienvenus", "Hans Peter von Barrik" ou "Sur les cendres", transformant le concert en un cabaret punk survolté. Au-delà du show visuel et de l'énergie brute, Apes O’Clock porte un message fort : celui de l’acceptation de la différence et de la célébration de nos parts d'ombre. Sous leurs masques, leurs capuches et chapeaux, ils nous rappellent que l'étrangeté est une force, invitant chaque spectateur à libérer son instinct primaire le temps d'une communion électrique. Une prestation magistrale qui confirme que le groupe n’a pas fini de faire grincer les dents de la normalité.
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